Se déroulant dans le quartier Harajuku / Omotesandô / Parc de Yoyogi, le Super Yosakoi 2006 est la 6ème édition du festival de danse yosakoi version Tôkyô. Apparu en 1954 dans la ville de Kôchi (Shikoku), le style yosakoi est une interprétation moderne de Awa Odori, dance estivale traditionnelle de la ville de Tokushima (Shikoku).

Au fil des années, des festivals yosakoi se sont développés à travers tout le Japon, apportant chacun leur lot de nouveautés tout en préservant l’essence même de l’évènement : une danse pleine d’énergie combinant chorégraphies traditionnelles et modernes, empruntant même de temps en temps quelques mouvements aux arts martiaux, le tout conduit par une musique entraînante où tradition et modernisme se côtoient sans jalousie aucune. Chaque danse est interprétée par une large équipe pouvant compter 40, 70 voire plus de 100 personnes, avec une moyenne d’âge très variable car ce dernier critère ne fait l’objet d’aucune restriction.

Les costumes utilisés par chaque équipe sont confectionnés pour l’occasion et varient grandement selon les thèmes choisis par le groupe. On retrouve cependant régulièrement les habits traditionnels de base que sont le happi et le yukata, mais dans des déclinaisons de couleurs et dans des coupes parfois très surprenantes. Tous les membres d’une même équipe portent le plus souvent le même costume, même s’il n’est pas rare d’avoir des teintes différentes selon leur rôle dans la chorégraphie.

L’une des caractéristiques spécifiques du yosakoi est l’utilisation de naruko, sorte de petites raquettes en bois avec des “battants” sur chaque face, les danseurs en tenant un dans chaque main. A l’origine, les naruko étaient utilisés dans la préfecture de Kôchi pour faire peur aux oiseaux dans les rizières. Le naruko traditionnel a des battants noirs et jaunes sur un corps en bois. Si leur utilisation est une condition sine qua non au yosakoi, cela n’empêche en aucun cas les équipes d’y ajouter d’autres instruments et accessoires, les percussions et autres drapeaux faisant partie des plus populaires.

Puisque l’on parle des éléments nécessaires au yosakoi originel (celui de Kôchi donc), sachez qu’il y a trois règles à respecter impérativement :

  • les danseurs doivent utiliser les naruko;
  • les équipes sont limitées à 150 participants;
  • tout arrangement musical est acceptable du moment qu’il comprend au moins une partie de la mélodie “Danse du Yosakoi Naruko” composée par Takemasa Eisaku.

Ce dernier critère est le plus volatile dans le règlement des autres festivals yosakoi, certains d’entre eux autorisant en effet des compositions complètement originales. A noter que Takemasa a abandonné tous droits sur son œuvre, permettant ainsi à tout le monde de l’utiliser sans contrainte.

En 2005, on dénombrait des festivals yosakoi dans pas moins de 200 locations à travers tout le Japon, ceux de Sapporo et de Tôkyô étant particulièrement importants. Le festival de Kôchi comptait plus de 10 000 danseurs en 2005, le Super Yosakoi de Tôkyô avoisinant quant à lui les 5 600 participants répartis en 91 équipes. Belle progression depuis sa création en 2001, où “seulement” 1 400 personnes pour 22 équipes avaient participé. Le cru 2006 n’a pas manqué de suivre cette évolution avec 97 équipes dont une douzaine venant directement du berceau du yosakoi : Kôchi.

Soyons clair : Je ne saurais que trop vous recommander cet évènement. C’est pour moi tout simplement l’un des meilleurs festivals de la période estivale nippone : il y a tellement de choses à voir que même en restant assidu les deux jours que durent cette fête, vous n’aurez pas le temps de vous ennuyer; si vous êtes ne serait-ce qu’un peu photographe, vous regretterez de ne pas avoir plus de pellicules ou une carte mémoire plus importante; tous les danseurs sont passionnés, se donnent à fond et sont contents d’être là vous transmettant instantanément leur passion; vous tomberez sous le charme des couleurs des costumes et les musiques “traditio-contemporaines” (si vous m’excusez le néologisme) vous feront piétiner d’envie de vous joindre à la troupe… Bref, un évènement qui malgré la pluie respirait la joie de vivre et c’est tout ce qu’il y a de plus communicatif !

Pour info, j’avais déjà entendu parler du Super Yosakoi sur d’autres blogs consacrés au Japon et je ne regrette absolument pas de ne pas avoir écouté ce qui était dit. Il semblerait que certaines personnes n’aient pas du tout apprécié cet exquis mélange de tradition et de modernité qui fait tout le charme du yosakoi, et de manière plus générale qui fait du Japon et des Japonais un peuple unique en son genre dont les nombreuses facettes ne cesseront de me surprendre et de me fasciner.

On en entend beaucoup sur les Japonais, à commencer par cette image de forcenés travaillant comme des fourmis, comme l’avait laissé entendre à plus ou moins juste titre une de nos Premiers Ministres. Mais qui faut-il croire ? Ceux qui parlent d’une jeunesse qui passe sont temps à étudier, pas forcément de la meilleure manière ? Ou ceux qui la voient décadente, lapidant sans retenue le capital amassé par ses parents ? Conflit des générations, samurais, surconsommation, geishas, contraste, yakuzas, adultère, cérémonie du thé,… Où est le Japon, le vrai, et que va-t-il devenir ?

Que vous ayez passé des années sur l’archipel, ou que vous ayez juste été de passage, n’allez surtout pas imaginer connaître la réponse à ces questions… Mais allez faire un tour du côté du yosakoi : regardez les 5-70 ans se mouvoir en rythme, sur un thème où valeurs présentes et passées s’étreignent et se fondent dans une harmonie parfaite; et si vous avez un peu de chance, vous apercevrez peut-être un élément de réponse, car derrière les étoffes, derrière les couleurs qui flamboient, derrière les gouttes de sueur qui perlent entre les rides et sur les joues roses, derrière le tintamarre des percussions qui répondent aux claquements des étendards, derrière tout cela c’est un seul cœur qui bat : celui du peuple nippon.

Infos pratiques


6 responses

  1. valou Avatar

    cela doit être très sympa à voir. On doit effectivement bcp apprendre sur la culture japonaise rien qu’en regardant ce type d’évènement

  2. Oui, c’était vraiment excellent! Cela permet d’avoir un regard différent notamment sur la jeunesse japonaise.

  3. très bel article, les photos sont superbes.
    J’ai pris des photos du Gion Matsuri à Kyoto mais elles rendent pas aussi bien que celles ci…J’aime bien l’esprit ces danses.

  4. Je ne savais pas que tu avais eu la chance de voir le Gion matsuri! Il paraît que c’est vraiment très impressionant… Même si la foule peut en rebuter plus d’un. T_T

    Pour les photos, c’était la première fois que j’utilisais mon appareil avec des sujets en mouvement. Le temps nuageux n’a pas aidé niveau luminosité, mais finalement je n’ai heureusement eu que peu de clichés flou. Encore beaucoup de progrès à faire quand même… T_T

  5. Superbes, tes photos! Superbe, ton commentaire!
    Je repense à un film de Naomi Kawase que j’ai trouvé à Paris il y a deux ou trois mois, Sharaku, je crois, qui se déroule à Nara, où il y a une danse tellement pleine d’énergie! Et peut-être aussi au dernier des “Rêves” de Kurosawa, où l’on accompagne un défunte avec moins de chorégraphie, mais tout autant de vie. Au quotidien, le coeur des Japonais apparaît paisible; dans la fête et la joie, il se donne à fond. Dans les deux cas, quelle séduction!

  6. Content que le billet t’ait plu. Ça commence à remonter maintenant. ^^;

    Je ne sais pas si le coeur des Japonais est si paisible que ça (surtout dans la foule de Tokyo), mais il est clair que c’est dans ce genre de rassemblement populaire qu’on peut avoir un aperçu clair de son goût pour la fête.

    Tu as déjà eu l’occasion de passer par ici en été ? C’est quand même le meilleur moment pour ce type de festival.

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