Tout le monde s’entendra pour dire que le sushi est un classique de la gastronomie japonaise, ambassadeur que l’on retrouve désormais dans beaucoup de grandes villes du monde entier. Lors d’un de mes passages à Paris, j’avais d’ailleurs été assez surpris d’en voir plusieurs et surtout de voir que les plus célèbres – et les plus chers – d’entre eux étaient ce qu’on appelle au Japon des kaitenzushi, c’est à dire des restaurants à “sushis tournants”. Dans ces restaurants, les assiettes sont placées sur un petit tapis roulant qui traverse la salle le long d’un comptoir où sont assis les clients, ces derniers se servant selon leurs envies. Pour moi – et je ne suis pas le seul visiblement (1) (2), les kaitenzushi ont toujours été synonymes de restaurants fast-food pour manger vite, pas cher, mais pas forcément bien. Ça ne m’a pas empêché d’y manger la plupart du temps (il y en a de très corrects) et c’est pour ça que j’ai été particulièrement attiré par ce mini-article de R25 parlant de l’origine et des évolutions présentes et futures du système.

Genroku Sushi : la naissance des kaitenzushi en chiffres

58 : C’est l’année de naissance des kaitenzushi à Osaka50 yen : c’était le prix d’une assiette avec 2 sushi à la création du kaitenzushi20 ans : c’était la durée du brevet et donc de l’exclusivité obtenu par l’inventeur, Yoshiaki Shiraishi
10 ans : c’est le temps qui a été nécessaire pour que le premier kaitenzushi arrive dans l’est du Japon, à Sendai¥¥¥ : il fallait obtenir la franchise Genroku Sushi (le nom du premier magasin) pour pouvoir utiliser ce système
240 : c’est le nombre maximum de magasins franchisés atteints par Genroku Sushi11 : c’est la quantité de restaurants franchisés Genroku Sushi qu’il restait en 2001

Ce qu’il faut retenir de l’article

Cet article se fonde principalement sur le travail de Nobuo Yonekawa (米川伸生), un critique gastronomique spécialisé dans les kaitenzushi… comme quoi, ça existe ! Il a d’ailleurs un blog très très fourni dans lequel on peut notamment retrouver une sorte de dictionnaire illustré des différents types de sushi, avec parfois son appréciation (par restaurant !), et même un historique détaillé des kaitenzushi que l’article reprend de manière simplifiée (tableau en haut à gauche). En voici les grandes lignes :

Prémices 1958~78 | De la naissance à la fin de Genroku Sushi

  • Yoshiaki Shiraishi (白石 義明) invente le système du kaitenzushi suite à la visite d’une brasserie où la bière était embouteillée via une chaîne automatique
  • La concurrence est inexistante grâce à l’exclusivité que lui confère son brevet
  • 1970 : le concept se fait connaître dans tous le pays grâce à la présence d’un restaurant Genroku Sushi à l’Exposition Universelle de Osaka
  • 1978 : l’exclusivité prend fin et le marché s’ouvre à la concurrence

Boum 1979~87 | Afflux de nouveaux acteurs sur le marché

  • Parmi eux, d’importants acteurs actuels du business du sushi font leur apparition : Kappa-Zushi et Muten-Kura-Zushi par exemple
  • 1984 : le premier kaitenzushi d’Europe, Matsuri Sushi, ouvre à… Paris !

Déclin 1988~92 | La crise du “sushi tournant”

  • Les gens se sont lassés de ces sushi sans caractère
  • Les différents acteurs du marché se rendent compte qu’un prix bas ne suffit plus à attirer les clients
  • De nombreux magasins doivent fermer
  • À cela s’ajoute différents scandales avec des sushi faits avec des poissons différents de ceux prétendument vendus (des poissons d’eaux profondes par exemple)

Gourmets 1993~2000 | Un concept pour gourmets

  • Le marché est relancé par l’arrivée de “super” sushis à la chair de poisson plus abondante : on passe de morceaux de poisson de 12g à des morceaux de 20g
  • Les prix restent cependant stables
  • Certains restaurants présentent des poissons vivants pour mettre en avant la fraîcheur de leurs produits
  • C’est le début d’un deuxième boum pour les kaitenzushi

Prestige 2000~présent” | Un concept de luxe

  • De nouveaux restaurants font leur apparition visant un segment plus luxueux du marché
  • Qualité du poisson utilisé, décoration et ambiance du restaurant, création de sushis originaux,… tous les moyens sont mis en œuvre pour attirer un autre genre de clientèle
  • Les grandes chaînes de kaitenzushi bon marché ouvrent également des variantes huppées

Au moins maintenant, les choses sont claires ! Moi qui assurais à ceux voulant bien prêter l’oreille que les kaitenzushi étaient avant tout des fast food, on ne peut pas dire que j’avais fondamentalement tord, mais il va clairement falloir que je mette “de l’eau dans mon sake”. 😉

Sources & Références

  • まわるまわるよ回転寿司その歴史と未来とは? – R25, 2008/04/17 (lien)
  • Blog Nobuo Yonekawa (米川伸生) (lien)
  • 回転寿司の歴史, Genroku Sushi (lien)
  • Yoshiaki Shiraishi, 87, Sushi Innovator – The New York Times, 2001/08/21 (lien)

8 responses

  1. À part de rares exceptions, je dirais fast food. J’en ai jamais trouvé un qui égale un resto de sushi “normal” (bon en même temps, je les évite autant que possible, donc je n’en ai pas testé beaucoup)

  2. Eh bien, tu devais être en face de ton ordi pour mettre un commentaire aussi vite !

    Pour les kaitenzushi, il y en a vraiment de très corrects tout en restant abordables (ou pas d’ailleurs). C’est sûr qu’il faut faire un peu le tri et se renseigner autour de soi, mais je ne pense pas que tous les restau utilisant ce système soient à bannir. Inversement, je suis déjà tombé sur des endroits sans tapis tournant et qui ne cassaient pas 3 pattes à un canard !

    Dans tous les cas, et comme pour la plupart des choses en cuisine, il me semble qu’il est nécessaire de goûter au moins une fois des sushis dans un endroit réputé comme excellent, si possible avec quelqu’un s’y connaissant. Au moins après, on a une bonne base de comparaison. 😉

  3. C’est pas évident de tomber sur de bons resto “sushis”.
    J’ai pu manger dans l’un de ces restos à tapis roulant … et c’était pas mauvais mais pas tip mega top non plus. Le meilleur resto que j’ai pu faire pour le moment, c’est sur Paris !

    Sympa ce petit brin d’histoire 😉

  4. Les resto sushi “pas mauvais mais pas tip mega top non plus” sont en effet légion (en tout cas au Japon) ! L’avantage, c’est qu’on peut s’aventurer dans pas mal d’entre eux sans en ressortir malade ; l’inconvénient, c’est qu’on est assez souvent déçu.

    Aaargh ! À force de parler sushi, j’en ai une sacrée envie maintenant ! T_T

  5. VAUZELLE Jérôme Avatar
    VAUZELLE Jérôme

    C’est vraiment d’une beauté inouïe ! Merci de partager vos morceaux de vie et expériences comme celles-ci ! Un grand merci pour cela !

    1. Bienvenue sur le blog et merci pour votre commentaire ! Ça fait vraiment plaisir le matin au réveil. 😉
      PS : comme c’est votre premier commentaire, il devait être accepté avant d’être publié, mais les prochains seront mis en ligne directement. N’hésitez donc pas à repasser. 🙂

  6. J’ai mangé une fois dans un kaiten sushi au Japon : niveau ambiance et prix je me sentais plutôt dans un fast food. Par contre niveau qualité rien à redire. Pas mal de restaurants “classiques” sans tapis roulants sont largement moins bons niveau qualité.

    1. Bienvenue dans les commentaires !

      Au Japon, il y a vraiment de tout en termes de restaurants de sushi et il est assez difficile, je pense, de les catégoriser : on peut avoir de très bons kaiten-zushi et des restos sans tapis roulant moyens, voire mauvais. Personnellement, le resto où j’allais le plus souvent était un kaiten zushi plutôt bon et assez raisonnable niveau prix. Pour les meilleurs sushis que j’ai jamais mangés par contre, c’était dans un restaurant classique, sans tapis roulant ; les pires étant quant à eux dans un kaiten-zushi… Bref, difficile de se faire une idée au premier coup d’œil mais je fuis généralement tous les restos offrant un prix unique à l’assiette quel que soit le poisson : la qualité y est rarement au rendez-vous. 😉

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